Mes chers amis Darfuri, aujourd’hui, c’est le début de la victoire. Je voudrais que vous en soyez persuadés.
Beaucoup de combats ont trouvé un écho dans cette salle de la Mutualité : le Biafra, le Viêt-Nam, les Kurdes d’Irak, le Rwanda... tous les opprimés de la Terre sont venus ici s’adresser au peuple français et réclamer son soutien. Tous l’ont reçu et tous ont obtenu justice. À vous aussi, justice sera rendue. Car, ce soir, ensemble et avec l’appui des associations qui se mobilisent, nous allons être l’étincelle qui va éclairer les consciences et conduire à votre délivrance.
Comment allons-nous agir ? Nous allons faire pression sur les hommes politiques et engager le travail de diplomatie afin de contraindre le président du Soudan Omar Hassan el-Bechir et ses milices armées, les janjawids, les « cavaliers du diable », à cesser le massacre des populations civiles, à respecter votre droit à une vie libre et digne sur un territoire qui est le vôtre depuis toujours. 300 000 morts,2 millions de déplacés... oui, c’est un génocide qui s’accomplit sous nos yeux. Un de plus. Un de trop.
Je n’ignore pas les difficultés de l’intervention humanitaire que j’appelle de mes vœux et cela, même si le Soudan n’est pas une grande puissance militaire. Comme toute intervention, elle nécessite de la logistique, des hommes et avant tout la volonté d’agir. Cet engagement, la France ne peut le mener seule, mais elle doit donner l’exemple et inciter ses voisins à intervenir à ses côtés.
Nous devons d’abord favoriser la création d’un groupe de contact qui mette autour de la table, pour dialoguer, les protagonistes, les membres du Conseil de Sécurité des Nations unies, notamment la Russie et, j’ajouterai, la Chine car, sans l’accord de ces deux pays, il n’existera pas de paix durable dans la région.
En même temps, il faut ouvrir, à partir du Tchad et de la République Centrafricaine, ce que l’on appelle « les routes vertes », « les relais humanitaires ». Ces corridors ne sont pas destinés à faire la guerre. C’est pourquoi ils doivent être protégés pour que les humanitaires puissent apporter des vivres et des médicaments à ceux qui souffrent chaque jour davantage. Ce n’est pas une initiative guerrière, mais une manifestation pour la vie.
La France a déjà mené ce type d’opération lorsque, au cours de la première guerre d’Irak, nous avons secouru les Kurdes massés le long de la frontière avec la Turquie et que nous les avons ramenés chez eux sains et saufs. Nos militaires savent très bien le faire. Nous étions alors portés par la résolution 688 votée par l’Onu. Voilà comment le droit d’ingérence a débuté et a ouvert la voie à ce que la diplomatie internationale nomme à présent « la responsabilité de protéger ». Je ne vois aucune opposition non plus à ce que l’Europe marque son existence en protégeant les peuples en danger, en étant le fer de lance du combat pour les droits de l’homme.
Enfin, après la diplomatie et l’intervention humanitaire, le temps de la démocratie doit venir, celui des mêmes droits et devoirs pour tous, celui des institutions légitimement élues, celui de la séparation de la mosquée et de l’État que tous les musulmans modérés espèrent. Nous, démocrates européens, devons aider les démocrates soudanais. Il y va de l’intérêt de toutes les parties.
Nos frères du Darfour sont en train de mourir. N’acceptons plus cela. Soyons plus forts que les obstacles. Alors, leur victoire sera pour nous une grande fierté.